Vignoble
Les cépages oubliés du Gaillacois.
Prunelart, Ondenc, Verdanel : comment une poignée de vignerons têtus a sauvé les variétés ancestrales du plus vieux vignoble de France.
Jeunes pieds de Prunelart à Cahuzac-sur-Vère
Quand Robert Plageoles a commencé à replanter du Prunelart dans les années 1980, ses voisins le regardaient avec un mélange de curiosité et d’inquiétude. Ce cépage, qui avait pratiquement disparu des vignobles gaillacois au profit du Merlot et du Cabernet, n’intéressait plus personne.
Trente ans plus tard, le Prunelart est devenu un symbole. On sait aujourd’hui qu’il est un parent du Malbec — le cépage star de Cahors — ce qui place Gaillac au cœur d’une filiation viticole remarquable. Quelques domaines en produisent désormais des cuvées parcellaires qui trouvent leur public.
L’Ondenc, le fantôme blanc
L’Ondenc a failli connaître un sort plus radical que l’oubli : l’extinction pure et simple. Au milieu du XXe siècle, il ne restait qu’une poignée de pieds dans le Gaillacois. C’est encore la famille Plageoles qui l’a sauvé, l’utilisant pour produire le Vin d’Autan — un vin de vendange tardive séchée par le vent chaud du Sud-Est.
Le Mauzac, rescapé devenu pilier
Le Mauzac est le seul cépage ancestral qui n’a jamais vraiment disparu. Il est resté la base des effervescents gaillacois, élaborés selon une méthode dite « ancestrale » qui précède de plusieurs siècles la méthode champenoise. Mais le Mauzac sait aussi produire des blancs secs nerveux et des vins de voile oxydatifs qui rappellent le Jura — une tradition proprement gaillacoise.
Un patrimoine fragile
La renaissance des cépages ancestraux reste un mouvement de niche. La plupart des domaines gaillacois continuent à planter Syrah, Merlot et Sauvignon — des variétés productives et commercialement sûres. Mais chaque nouveau domaine qui replante du Duras, du Braucol ou du Loin de l’Œil rend un peu de mémoire à ce vignoble millénaire.