Patrimoine
Villeneuve-sur-Vère et Monestiés, au-delà de Cordes
Deux villages sur le même axe au nord-est de Gaillac, dont l'un abrite un chef-d'œuvre que personne n'attend là : vingt statues de pierre grandeur nature, commandées par un évêque d'Albi au XVᵉ siècle. Entrée 4 €.
Il y a, à quarante kilomètres de Gaillac, dans un village de huit cents habitants, un ensemble sculpté que l’on s’attendrait à trouver dans un musée national. Personne ne vous en parlera avant que vous ne soyez devant.
Monestiés, et ce qu’il y a dans la chapelle
Monestiés est classé parmi les Plus Beaux Villages de France, lové dans un méandre du Cérou. C’est joli, et ce n’est pas la raison d’y aller.
La raison, c’est la chapelle Saint-Jacques et les vingt statues polychromes en pierre calcaire qu’elle abrite. Elles datent du XVᵉ siècle, elles sont grandeur nature, et elles figurent les trois derniers épisodes de la Passion : la crucifixion, la Pietà, la mise au tombeau.
Ce n’est pas un ensemble d’église de village récupéré au hasard. C’est une commande de Louis Iᵉʳ d’Amboise, évêque d’Albi — le même milieu, la même époque et la même ambition que la cathédrale Sainte-Cécile. L’ensemble se trouve dans la chapelle depuis 1774, après avoir changé de lieu.
L’entrée coûte 4 €, 3,50 € en tarif réduit. Un billet combiné à partir de 4,50 € ajoute le musée Bajen-Vega, consacré au couple de peintres espagnols réfugiés de la guerre civile. La visite guidée est à 5 €, et les groupes se forment à partir de quinze personnes.
Quatre euros pour vingt statues du XVᵉ siècle : c’est l’un des rapports les plus déséquilibrés de la région, et dans le bon sens.
Villeneuve-sur-Vère, la blanche
Sur la route, à une vingtaine de kilomètres de Gaillac, Villeneuve-sur-Vère mérite l’arrêt pour une raison plus simple : le village est bâti en pierre blanche sur un éperon rocheux, ce qui lui a valu son surnom et ce qui le rend immédiatement différent de la brique rose du reste du secteur.
C’est une bastide fondée en 1212 par Déodat Alaman, dans les années qui suivent le passage de la croisade de Simon de Montfort — une ville neuve, au sens littéral, créée pour regrouper des survivants. Le plan et les maisons de pierre en portent encore la trace, et notre carnet sur les bastides explique ce que cette logique de fondation a produit dans tout le Sud-Ouest.
Il n’y a pas de billetterie ni d’horaires : on s’y gare et on marche.
Comment caler la journée
L’enchaînement se fait naturellement, parce que les deux villages sont sur le même axe nord-est, dans le prolongement de Cordes-sur-Ciel.
Le plus logique est de finir par Monestiés, puisque c’est le seul des deux qui ait des horaires d’ouverture à respecter. Villeneuve-sur-Vère se visite à n’importe quelle heure et ne prend pas longtemps : une demi-heure de marche suffit à en faire le tour.
Si vous voulez étoffer, Cordes est sur le chemin et vaut à elle seule une demi-journée — mais additionner les trois dans un même jour revient à ne rien voir correctement.
Une honnêteté de périmètre
Un mot, parce que ce site parle du Gaillacois et que nous tenons à ce que le mot veuille dire quelque chose.
Monestiés n’est pas dans le Gaillacois. Le village est sur le Cérou, dans le Ségala, à mi-chemin de Cordes et d’Albi, et il relève d’une autre intercommunalité. Nous le traitons ici en excursion assumée — comme nous le faisons pour Albi ou pour les gorges de l’Aveyron — et pas comme un village du vignoble.
Villeneuve-sur-Vère est plus ambigu : géographiquement sur la Vère, donc dans le paysage gaillacois, mais rattaché à l’aire d’attraction d’Albi. C’est une frontière, et nous préférons le dire que de faire comme si elle n’existait pas.